Réformer l’Italie pour réformer l’Europe: Si non pas Matteo Renzi, qui d’autre ?

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Ambitieux, courageux, audacieux, pressé et authentique tels sont les adjectifs qui qualifient le mieux le nouveau président du Conseil italien. Le 21 février 2014, après avoir retiré la confiance à son prédécesseur du même parti Enrico Letta, Matteo Renzi a surmonté le grand défi de constituer une majorité soutenant son gouvernement à la fois à la Chambre des Députés et au Sénat afin de devenir le plus jeune président du Conseil de l’histoire. Son gouvernement  est composé de 4 partis politiques formant une coalition gouvernementale (Parti démocrate, Nouveau Centre-droit, Union du Centre et Choix civique). Le Parti démocratique de Matteo Renzi quant à lui est issu du centre gauche, alors que Renzi est difficile à définir dans cette dichotomie gauche/droite en tant qu’il est un homme au-dessus de ces catégories politiques qui avant tout veut réformer, moderniser et stabiliser l’Italie et les élections européennes du 25 mai dernier ont clairement démontré que les Italiens ont confiance dans le changement avec leur nouveau président du Conseil dont le parti (PD) a recueilli 40% des voix.

Efficace dans le jeu politique en tant qu’il fait preuve de courage, d’audace et ne se tient pas particulièrement aux codes politiques, Renzi a connu une carrière fulminante et a réussi à accéder à la présidence du Conseil dans un temps record. Au fond, sa victoire s’explique par la réussite à se crédibiliser en tant que président du Conseil aux yeux des italiens, mais aussi de manière plus générale à recrédibiliser la politique italienne aux yeux de tout un pays profondément en crise. Un de ses majeurs atouts constitue donc la célérité avec laquelle il fait avancer les réformes. Renzi a saisi le malaise fondamental qui étouffe la politique de nos jours et qui consiste d’un côté dans le fait que les hommes ou femmes politiques sont souvent perçus comme incapables à tenir leur promesses, à faire suivre des actes à leurs paroles et à assumer leurs responsabilités et de l’autre côté à avancer dans les affaires et à réformer rapidement. Renzi a compris ceci. Il a compris que pour crédibiliser la politique aux yeux des Italiens, il faut prendre ses responsabilités et agir vite. Il conditionne sa vie politique à la réussite à sortir l’Italie de la crise et a une vision claire pour l’Italie et l’Europe.Matteo Renzi est crédible, il est authentique, il encourage et les citoyens prennent timidement espoir et lui font confiance. Pour s’intéresser de manière plus précise à la façon de laquelle il agit, nous étudierons successivement les principales réformes sous un angle économique (I) puis institutionnel (II).

I. Une seule devise économique : Investir dans la croissance tout en garantissant la cohésion sociale

Non pas plus tard que le 12 mars, trois semaines après l’investiture de son gouvernement, Renzi annonce un important pacte de relance de 90 milliards d’euros financé à la fois par des réformes administratives et en augmentant le déficit public de 0.4 points de PIB. Renzi est conscient que les mesures d’austérité et le pacte de stabilité européen ne vont pas aboutir à relancer l’économie italienne.

Pour avoir de la croissance, il faut non pas seulement maitriser ses déficits, mais il faut aussi investir. Pour ceci, il profite du travail d’envergure et des efforts de réforme et d’austérité qui ont été accomplis par ses prédécesseurs au Conseil Mario Monti et Enrico Letta. Ces derniers ont fait diminuer le déficit public de l’Italie à 2,6%, c’est-à-dire en dessous des 3% envisagés par les critères de convergence fixés par Bruxelles et par conséquent Renzi peut utiliser une marge de 0.4 points de PIB pour relancer l’économie italienne sans enfreindre les critères imposés par la Commission européenne. A part un léger accroissement du déficit afin de relancer l’économie, Renzi a engagé des réformes structurelles d’envergure exprimées dans son plan de relance de 90 milliards d’euros. Ainsi, il envisage des baisses d’impôts pour 10 millions d’italiens afin de redonner confiance aux ménages les plus pauvres et aux classes moyennes étranglées par les impôts. S’y ajoutent d’importants allègements de charges pour les entreprises (allègement de 10% de la taxe professionnelle), une réforme du droit du travail vers plus de flexibilité surtout dans les PME, une baisse de coût de l’électricité ainsi que le paiement de 68 milliards d’euros de factures impayées aux entreprises et le déblocage de fonds pour la rénovation des bâtiments scolaires et l’aménagement du territoire.

Ces investissements sont indispensables pour relancer la croissance qui s’est trouvée largement déficitaire (-1.8% du PIB en 2013) mais qui reprendra légèrement à la fin de l’année 2014 avec des prévisions tablant sur 0,6%.Du côté de la dette publique, il faut dire que celle-ci reste une des plus hautes de la zone euro, ayant atteint les 130% du PIB, mais les efforts engagés par les présidents du Conseil précédents Monti et Letta ont abouti à pouvoir emprunter à des taux raisonnables qui ne plombent pas davantage les comptes publics. Le problème de l’Italie est donc davantage un problème de croissance que de dette publique et l’investissement ainsi que l’allègement de charges sur les ménages et les entreprises est le seul moyen à entrainer cette croissance et c’est précisément sur cette carte que Renzi a misé.

II. Des réformes institutionnelles pour atteindre stabilité politique et cohérence administrative

Au niveau institutionnel, la politique italienne souffre de l’instabilité gouvernementale qui est chronique voire même historique et qui rend quasiment impossible une cohérence et une ligne politique claire. Aucun gouvernement n’a été capable de se maintenir pendant toute une période de législature (5 ans) et par conséquent, depuis 1946, l’Italie a connu vingt-cinq présidents du Conseil des ministres et soixante-et-onze gouvernements. L’Italie a un parlement bicaméral à pouvoirs égaux dont le scrutin à la proportionnelle pure rend quasiment impossible la confiance d’un gouvernement au sein des deux chambres du Parlement sur 5 ans.

En effet, la multiplicité des partis politiques au Parlement résulte dans la nécessité de faire des coalitions à plusieurs partis ce qui engendre une instabilité chronique des gouvernements qui plombe le système institutionnel, politique et économique. Conscient de la nécessité d’inscrire les gouvernements dans la durée, Renzi a annoncé une importante réforme institutionnelle et notamment du Sénat en diminuant les pouvoirs de cette chambre haute et en réduisant le nombre de sénateurs. Par ce biais, la responsabilité politique du gouvernement ne pourra plus être déclenchée par la seule volonté de cette chambre. De plus, Renzi a mis en route une réforme de la loi électorale négociée avec Berlusconi, dont le soutien au Parlement pour parachever cette réforme est indispensable, qui devra une fois pour toute mettre fin à l’instabilité politique. En effet, la répartition des sièges au Parlement se fera sur une base proportionnelle nationale avec une prime de majorité qui aboutira à octroyer un certain nombre de sièges supplémentaires au Parlement à partir du moment où un parti politique en aura atteint un certain seuil.

Par exemple, si au premier tour une liste obtient plus de 35%, elle se verra attribuer une prime de majorité pour atteindre 53% des sièges et dans le cas où aucun parti n’atteindra le seuil des 35% au premier tour, ce sera le parti arrivant en tête au second tour qui se verra attribuer une majorité d’au moins 53% des sièges. Ce système favorise l’implantation plus généralisée de grands partis au Parlement pour trouver plus aisément des majorités au sein de ce dernier et par conséquent renforcer l’autorité et la stabilité des gouvernements émergents de coalitions.

Par ailleurs, une réforme territoriale a été entamée qui prévoit la suppression de l’enchevêtrement des structures administratives en supprimant 110 provinces et qui sera effective en 2015, permettant de supprimer 3000 postes de fonctionnaires tant nécessaires afin d’alléger les charges au coût de l’Etat plombant les comptes publics. Aussi, les salaires des dirigeants d’entreprises publiques vont chuter de 500 millions en tant qu’ils sont proportionnellement trop élevés comparés à des pays comme l’Angleterre ou l’Allemagne. Au final, les réformes annoncées sont des réformes ambitieuses et d’envergure qui bénéficieront très certainement à l’Italie et pourront servir de modèle à d’autres pays européens en crise. En ce sens, il s’agit de réinvestir dans l’économie pour redonner du pouvoir d’achat aux ménages notamment aux plus pauvres et aux classes moyennes, venir en aide aux entreprises en réduisant les charges, flexibiliser le droit du travail afin de remédier au chômage et de simplifier ainsi que de perfectionner et rationnaliser le fonctionnement administratif pour concevoir des structures étatiques simples mais performantes qui peuvent accomplir des missions très hétérogènes telles que la lutte contre l’évasion fiscale ou la corruption et qui, de manière plus générale, peuvent accomplir leur travail de manière cohérente et efficace sans faire exploser les comptes publics.

Si l’Italie peut réussir selon ce modèle, d’autres pays européens pourront tôt ou tard, selon leur structure politique et conjoncture économique, suivre l’exemple. Pour Matteo Renzi, il est clair que l’Europe doit avoir une âme et inspirer de l’espoir et ceci ne sera certainement pas le cas en continuant d’infliger des politiques exclusivement austères aux pays en crise pendant les cinq prochaines années. Quoi qu’il en soit et sans vouloir faire un culte de personnage, Matteo Renzi répond à une classe de politiciens de laquelle l’Europe a tellement besoin, c’est-à-dire des hommes ou femmes qui prennent leur responsabilités et agissent selon leurs convictions pour imposer des changements. Le fait de prendre des risques et de faire des choix et toujours lié à une possibilité d’échec, et celle-ci se pose aussi dans le cas de Matteo Renzi, mais il ne faut pas que nos politiciens perdent leur faculté à agir et à assumer leur ligne politique pour sombrer dans l’hésitation et dans l’incohérence car dans ce cas là, nous sommes tous perdants, et en première ligne la crédibilité de la politique.

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