Les mensonges des industriels de l’automobile: Une manipulation cofinancée à grands frais par l’Etat

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Pour que ce soit dit dès le début: les voitures, qu’elles roulent au diesel ou au carburant, polluent, ce n’est pas un secret. Cependant, les mensonges que les industriels du secteur veulent nous faire croire nous amènent à faire des choix qui ne sont pas réellement effectués en toute connaissance de cause. Le récent scandale impliquant le constructeur allemand Volkswagen, qui a équipé un de ses moteurs diesel d’un logiciel diminuant frauduleusement les émissions polluantes lors des contrôles d’homologation, et dont environ 11 millions de véhicules ont été équipés à travers le monde, n’est qu’une partie de la désinformation généralisée qui règne sur le sujet.

Depuis une vingtaine d’années, l’Union européenne émet des normes, appelées communément, les normes européennes d’émission, qui fixent sous forme de réglements les limites maximales de rejets polluants pour les véhicules roulants. Ainsi par exemple, la norme Euro 5, qui date du 1er janvier 2011, a obligé les constructeurs automobiles à respecter un seuil maximum de rejet de particules fines, qui n’étaient jusque-là pas contrôlées, et la norme Euro 6, qui est entrée en vigueur au 1er septembre 2015, restreint encore quelque peu l’émission de ces particules et fixe des limites maximales de rejet des oxydes d’azote.

Des normes inefficaces face aux tricheries systématiques des constructeurs automobiles

Sans refaire l’histoire de toutes les normes et des « contraintes » qui ont été mises en place, il est intéressant de s’attarder sur les deux dernières normes. En réalité, la norme Euro 5, posant un cadre pour le rejet des particules fines, particulièrement nocives pour la santé du fait qu’elles pénètrent très profondément dans nos poumons et vaisseaux du fait de leur petite taille, a imposé aux constructeurs d’intégrer un filtre à particules (FAP) dans les voitures diesel pour limiter l’émission de ces dernières. Ce filtre, à part du fait qu’il doit être remplacé à grands frais après un certain nombre de kilomètres, 120 000 km selon certains acquéreurs et 240 000 km selon les constructeurs, a comme conséquence une augmentation considérable (de 3 à 5 fois) d’émissions d’oxydes d’azote, qui sont eux aussi très nocifs, voire même davantage que les particules fines, pour la santé. C’est-à-dire qu’en ayant réduit l’émission des particules fines, les voitures diesel ont émis une quantité beaucoup plus importante d’un autre gaz, tout aussi, sinon pas encore plus nocif.

De plus, si les plus récentes voitures diesel émettent des particules en moindre quantité, il reste que celles émises sont plus dangereuses en raison de leur taille encore plus réduite, pénétrant très profondément dans les organes du corps humain. Enfin, une pratique de plus en plus courante consiste à tout simplement se faire enlever son FAP afin de ne pas être contrarié du tout. Il ne faut pas aller chercher loin sur Internet pour se rendre compte qu’un réel commerce parallèle est en train de s’installer en la matière, ce qui est naturellement complètement illégal, même si cela ne semble pas vouloir dire grand chose dans le contexte actuel.

Au premier septembre 2015 est finalement intervenue la norme Euro 6, qui elle, en apparence consciente de ce problème, limite l’émission des oxydes d’azote de 180g/km à 80g/km, c’est-à-dire à plus de la moitié et oblige les constructeurs à cette fin d’intégrer dans leurs véhicules un catalyseur SCR qui permette cette réduction d’émissions.

En récapitulant, il est donc possible de dire que jusqu’au 1er septembre 2015, et alors que les effets dévastateurs du diesel sur la santé sont connues depuis plus de 30 ans, les normes de réduction de la pollution de ces voitures n’ont pas été appréhendées efficacement depuis tout ce temps. Pire encore, l’Etat est même intervenu pour soutenir l’acquisition de nouvelles voitures diesel en remplacement de voitures plus anciennes en raison de leur prétendues vertus écologiques. En effet, l’Etat subventionne (jusqu’à hauteur de 6300€) les voitures qui émettent de faibles émissions de C02, principal gaz d’effet de serre, avec l’intention naturellement de subventionner le parc automobile diesel au détriment des voitures essence, plus chères à l’acquisition et à la pompe, et sans prise en compte aucune des émission de particules fines ou des oxydes d‘azote, beaucoup plus nocifs pour la santé de l’homme.

Toutefois, et contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, le problème n’est pas du tout résolu depuis l’entrée en vigueur à tous les véhicules neufs de la norme Euro 6 depuis le 1er septembre 2015.

Selon une étude de Transport et Environnement, 9 voitures diesel neuves sur 10 en Europe ne sont pas conformes aux normes Euro en conditions normales de circulation. « En conduite réelle, les véhicules diesel émettent en moyenne cinq fois plus de dioxyde d’azote que la norme. Certains véhicules même vingt fois plus », souligne François Cuenot, expert de cette ONG. Volkswagen est donc bien uniquement la pointe de l’iceberg.

Une large majorité d’experts s’accorde aujourd’hui sur le fait de dire que ces contrôles d’homologation ne sont pas représentatifs et largement truqués. Sans disposer de connaissances particulières en la matière pour savoir si le « diesel propre », duquel se vantent les industriels, peut réellement exister, faute est de constater que jusqu’à aujourd’hui, et même si des progrès certains et incontestables ont pu être réalisés au cours des dernières décennies, aucun constructeur n’a réussi à réellement mettre au marché une technologie tenant les promesses annoncées sans contrôle truqué à l’appui.

Ces études qui existent, certaines depuis longtemps, et qui devraient nous alarmer, n’empêchent pas les industriels du secteur à continuer leur litanie de mensonges au sujet des voitures diesel. Ainsi, en avril 2014, Carlos Tavarez, le PDG de PSA (Peugeot-Citroën), a clamé dans une audition devant les députés français « qu’inciter les consommateurs à se détourner du diesel revient à se priver d’une technologie propre et clé pour limiter les gaz à effets de serre », ajoutant : « une chute de 30% de la part de marché du diesel se traduirait par une augmentation des rejets de gaz à effets de serre ».

S’il n’est pas contesté que le diesel émet moins de gaz à effet de serre que les voitures roulant à l’essence, il reste que le diesel a des conséquences plus néfastes sur la santé. En effet, selon Airparif, l’organisme français agréé par le ministère de l’Environnement pour la surveillance de la qualité de l’air en région Île-de-France, un véhicule personnel diesel moyen émet environ deux fois plus d’oxyde d’azote (NOx) et plus de trente fois plus de particules par kilomètre parcouru qu’un véhicule essence. Par conséquent, si vous avez la (mal)chance d’habiter dans ou à proximité d’une grande agglomération francaise, où les voitures diesel constituent la grande majorité de l’ensemble du parc automobile, il va sans dire que votre qualité de vie est fortement altérée. Et il ne faut pas attendre les pics de pollution pour le constater.

Le diesel nuit gravement à la santé et a un coût exorbitant pour la collectivité

A Paris notamment, où la voiture règne avant tout, il arrive fréquemment de se promener en vélo ou d’aller faire un jogging  et d’avoir de légères irritations des voies respiratoires en fin de journée. Cette situation, qui peut avoir des conséquences désastreuses sur le long terme, et sans vouloir rentrer dans la guerre des chiffres, cause facilement la mort prématurée de plusieurs dizaines de milliers de personnes en France chaque année, selon plusieurs études. Le coût pour la collectivité et donc l’Etat est colossal, les dépenses de santé explosent et de plus en plus de personnes, notamment les plus vulnérables, enfants et personnes âgées, sont sévèrement touchées par ce phénomène qui leur cause entre autres des pathologies respiratoires ainsi que des problèmes cardio-vasculaires.

Comme annoncé tout au début, la voiture diesel n’est cependant pas la seule à blâmer. Les nouvelles voitures essence, avec la tendance des moteurs de très petites cylindrées qui apparaissent depuis un certain nombre d’années avec des performances redoutables, émettent un nombre de particules fines impressionnant qu’on ne pensait que pouvoir mesurer auprès de vieilles voitures roulant au diesel.

La réalité est que tout le monde est responsable et coupable en même temps de cette situation. L’Etat, en tant qu’il subventionne, à l’appui de normes absurdes, largement le parc automobile au détriment de la santé publique, les constructeurs, à l’origine d’une désinformation formidable sur la propreté de leurs voitures et finalement le consommateur final qui, malmené par toutes ces informations faussées, finit par faire les mauvais choix.

Il est donc temps de réagir. Il est temps d’arrêter les mensonges autour de la pollution des voitures diesel. Il est temps pour l’Etat de reconnaître son erreur en ayant boosté cette technologie aujourd’hui dépassée. Il est temps aussi de prévoir le coût des dépenses de santé que vont engendrer les voitures polluantes au cours des prochaines décennies et de réagir vite. La mesure récente qui a été prise par la ministre de l’écologie Ségolène Royal pour supprimer toute taxation favorable du diesel d’ici 2025 est une première mesure, mais qui ne va forcément pas assez loin. Il en va de même des efforts ponctuels mis en œuvre comme par la maire de Paris, Anne Hidalgo, visant à interdire la circulation des « vieux diesels » dans la capitale à horizon 2020. Face à cet enjeu de santé public, il n’est pas suffisant de prendre des mesurettes s’appliquant dans quelques années. Face à l’urgence, les pouvoirs publics ont l’obligation de réagir rapidement et avec la plus grande efficacité.

Que faire face à ce constat?

En premier lieu, les institutions européennes, émettrices de ces normes, doivent intervenir rapidement pour mettre en place une autorité indépendante irréprochable au niveau européen qui fasse des tests de mise en circulation des voitures dans des conditions réelles de circulation de manière à ce que toute désinformation cesse. Les voitures doivent être taxées rigoureusement sur leur émissions des différents polluants de manière à inciter les constructeurs à se doter de nouvelles technologies réellement propres dont des solutions existent aujourd’hui.

En second lieu, l’Etat doit entraver beaucoup plus rapidement les subventions au diesel et utiliser ces fonds publics pour promouvoir, d’une part, l’achat de voitures électriques et par extension hybrides de manière plus poussée qu’avec les subventions existantes, et d’autre part, pour subventionner le secteur automobile français dans la mise sur le marché de voitures électriques et hybrides à double motorisation essence-électrique afin de doter la France d’une expertise dans ce qui sera la voiture du futur au lieu de continuer à injecter des fonds dans la technologie de hier, la technologie diesel ou diesel-hybride, nocive et aujourd’hui même abandonnée par PSA. Ce qu’il nous faut est une réelle volonté politique d’aller dans ce sens et ce seront uniquement les citoyens qui pourront influer sur la conscience collective de manière à faire plier les responsables politiques. Il faut arrêter de penser que nous ne serions pas capables de le faire en mettant en avant que la technologie de la voiture électrique n’est pas encore à la pointe.

Si nous sommes capables aujourd’hui de savoir s’il existe de l’eau sur la planète Mars, nous sommes aussi capables de construire une voiture électrique performante. Tout ce qu’il faut est une réelle volonté politique, un ras-de-bol émanant du peuple qui remettra les rapports de force dans le bon ordre. En ce sens, recevoir une information sincère et vérifiée au sujet de nos voitures est une condition indispensable et le scandale Volkswagen aura au moins le mérite de dévoiler les mensonges de l’industrie automobile. Au final, l’acquéreur d’une voiture a tout le pouvoir de décision dans quel sens la technologie devra évoluer. En étant informé, il peut adopter le bon geste. Quant à l’Etat, il faut qu’il reconnaisse ses erreurs et aide à réorienter dès à présent son industrie automobile vers les technologies du futur, qui ne seront vraisemblablement pas dans le diesel.

Commettre une erreur est une chose, s’y enfoncer durablement en ignorant les différents signaux d’alarme est beaucoup plus grave. Il est temps de changer de mentalités sur ce sujet, en France comme ailleurs.

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