Interdire la propagation des fake news : nécessité ou fausse bonne idée?

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Les fake news ont pris beaucoup de place dans le débat public depuis l’élection de Donald Trump en automne 2016. Par « fake news », il faut entendre des informations délibérément fausses ou truquées émanant d’une personne ou d’un organisme d’information afin d’obtenir un avantage financier ou politique.  En effet, le président des Etats-Unis est soupçonné d’avoir largement profité d’une campagne de désinformation très massive pendant la période électorale ayant permis son accession au pouvoir, du moins selon ses détracteurs. S’y ajoutent encore les accusations d’infiltrations russes dans la campagne électorale américaine qui auraient largement contribué à accentuer la propagation de mauvaises informations sur Internet à l’avantage du magnat de l’immobilier.

En Europe, le débat sur les fake news est aussi lancé. Récemment, le président Français Emmanuel Macron a annoncé vouloir légiférer en matière de fausses informations afin de prohiber leur propagation sur Internet. Si la volonté de prohiber la diffusion de fausses informations part d’une bonne intention, elle est difficile d’appliquer concrètement en raison de la rapidité de leur propagation par différents canaux ainsi que l’identification souvent malaisée des auteurs de contenus sur Internet. Mais avant tout, elle ne s’attaque pas au vrai problème car derrière les fake news se cache une bataille idéologique plutôt qu’une bataille factuelle.

Ce qui se joue sur Internet est avant tout une bataille idéologique  

Il est de ce fait essentiel de faire la distinction entre des informations factuellement fausses et l’interprétation qui peut être donnée à un fait, sans pour autant le défausser complètement, dont l’objectif sert la propagation d’une idéologie politique bien précise. C’est précisément cela qui est mis en oeuvre par des sites comme « Breitbart » ou « Sputnik News » très populaires parmi l’électorat conservateur américain. En réalité, le problème provient moins d’informations factuellement fausses, plutôt marginales pour les sites d’information précités, que de la propagation d’informations biaisées servant une idéologie politique particulière.

En d’autres mots, il est beaucoup plus facile de lutter contre des informations objectivement fausses et ainsi décelables par des algorithmes que contre des informations spécifiquement choisies pour être interprétées à la lumière d’une idéologie politique bien particulière. Le danger réside plus dans la puissance de la propagation d’une idéologie à l’aide d’une information interprétée de manière subtile à la limite de la vérité sans pour autant être fausse, que dans la propagation d’informations factuellement fausses. C’est précisément cette frontière ténue qui rend une régulation des fake news très difficile sans tomber dans les excès d’une censure ou d’une entrave à la liberté d’expression.

Internet comme facteur de radicalisation des pensées

De plus, Internet permet aujourd’hui au citoyen de recevoir très majoritairement les informations avec lesquelles il est idéologiquement en accord. Sur les réseaux sociaux, les internautes aiment les contenus politiques dont ils partagent les valeurs. En retour, les réseaux sociaux leurs proposent une multitude de contenus annexes partageant la même idéologie. Cette logique est confortable pour l’internaute qui se voit réconforté dans ses opinions et lucrative pour le réseau social en question qui touche de l’argent en faisant passer du contenu sponsorisé sur les flux d’activités de ses utilisateurs. En effet, qui n’aime pas lire des contenus dont il est en accord sur les idées et les valeurs ?

Le vrai problème réside ici : Internet permet la propagation de contenus véhiculant de manière plus ou moins subtile des idéologies politiques bien particulières, quelles qu’elles soient, à une échelle jamais égalée auparavant. La confrontation des idées devient de ce fait plus en plus difficile. La conséquence de ce phénomène est une radicalisation de la pensée et une intolérance vis-à-vis de toute autre idéologie ou idée politique et dont la régulation de fausses informations n’apporte aucune solution.

L’éducation au lieu de la régulation : favoriser l’esprit critique

Pour contrecarrer cette évolution qui effrite encore davantage la cohésion sociale, il n’y a pas de solution miracle à court terme. Pour lutter contre les méfaits de ce nouveau phénomène, il est essentiel d’éduquer les enfants sur la nécessité de la confrontation de différentes idées et sur l’intention politique derrière la propagation de certaines informations. Il faut aujourd’hui fondamentalement accepter qu’Internet a des vertus et des dangers et que si la société souhaite qu’Internet reste un espace de liberté au sein duquel chacun peut s’exprimer, dans le respect des lois en vigueur bien-sûr, il faut former des citoyens éclairés pour faire face aux dangers de manipulation sur Internet plutôt que de se lancer dans une interminable bataille sur la régulation de cet espace numérique qui s’apparente, pour le moins en matière de régulation d’informations biaisées, à une mission impossible et une bataille perdue d’avance.

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