La démocratie en perte de vitesse: pourquoi et comment y remédier?

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L’adhésion des citoyens au système de représentation démocratique est en perte de vitesse depuis plusieurs années, voire décennies, dans de nombreux pays en Europe et à travers le monde. Ceci a plusieurs raisons aussi bien d’ordre politique que d’ordre socio-économique, qui sont liées entre elles mais que je me permets de séparer dans le présent développement pour essayer d’apporter davantage de clarté à l’exposé. De ce fait, je me cantonnerai aux raisons principalement politques expliquant le désengagement du citoyen de la sphère publique.

De prime abord, ce désengagement de nature politique s’explique par un sentiment de ras-le-bol plus ou moins généralisé à l’égard des partis politiques établis qui tentent à intervalles réguliers d’élections de prôner le changement ou le renouvellement alors que les personnalités qui le représentent sont souvent aux responsabilités depuis une dizaine, voire une vingtaine d’années, sinon davantage. Dans ce contexte, le vote sanction contre le système politique en place voire l’abstention deviennent de plus en plus des moyens par lesquels le citoyen exprime son mécontentement avec souvent une désillusion à l’égard du système politique qui ne peut nous laisser indifférente.

Il serait toutefois réducteur de voir dans l’ébranlement de la confiance des représentés envers les représentants un simple manque d’innovation en matière d’idées ou d’intention de renouvellement.  Le malaise est en réalité plus profond et provient d’une société devenant de plus en plus duale, à deux vitesses, entre des citoyens qui ont de plus en plus tendance à cohabiter sur un même territoire sans vraiment vivre ensemble. Plus précisément, le malaise est de plus en plus celui d’une classe dirigeante qui se fait porte-parole de citoyens avec lesquels elle ne partage sur le fond pas grand chose ; ne connaissant pas les mêmes contraintes au travail, n’habitant pas les mêmes quartiers, n’envoyant leurs enfants pas dans les mêmes écoles, se côtoyant en réalité rarement. 

Une représentative qui fonctionne sous condition de proximité

Il est possible d’affirmer que d’une manière générale le système de représentation fonctionne le mieux à une échelle locale car le lien de représentation est le plus court et direct. Ainsi, les citoyens sont le plus à même de connaître les problèmes existant dans leur cadre de vie quotidien et leurs représentants, en raison du lien de proximité, peuvent agir concrètement pour l’intérêt général du territoire qu’ils représentent. Plus ce système de représentation se distend, plus les défis d’une représentation efficace deviennent difficiles et plus la confiance du citoyen à l’égard de son représentant s’effrite.

Ainsi s’explique par exemple, pour le moins en partie, pourquoi de nombreuses personnalités politiques peuvent avoir des taux de popularité très élevés dans leur circonscription locale alors qu’ils peinent à convaincre au niveau national. Lorsqu’on monte encore d’un échelon, la représentativité devient encore plus compliquée. En guise d’exemple, le Parlement européen a un lien très distendu avec les citoyens européens pour la simple raison que ses élus sont très éloignés des citoyens qu’il représente, à la fois sur le plan géographique et dans leur lien de représentativité. C’est aussi la raison pour laquelle des listes transnationales sont inefficaces d’un point de vue démocratique car le manque de lien de représentativité se trouve dans cette logique poussé à son paroxysme. En effet, les décisions prises ne concernent plus un territoire précis mais s’appliquent à un espace extrêmement vaste dont les enjeux et les intérêts pour les citoyens ne sont pas toujours convergents.

Une partie du drame démocratique du monde dans lequel nous vivons aujourd’hui s’explique par le fait que la prise de décision s’opère de plus en plus à des échelons supranationaux en concordance avec des partenaires étrangers dans le cadre d’échanges économiques et commerciaux mondialisés, alors que c’est précisément cette gouvernance si éloignée du peuple qui anéantit le lien de confiance indispensable à toute logique de représentation politique. Ceci dit, la coopération internationale est très importante et le restera aussi à l’avenir. Un retour aux frontières nationales sans une grande coopération au niveau international est en effet impensable dans le monde interconnecté d’aujourd’hui. Cependant, il convient d’opérer un rééquilibrage entre l’importance accordée à la prise de décision au niveau local, national et international.

Redonner au citoyen les moyens de contrôler l’action démocratique

C’est d’une telle évidence que nous l’avons aujourd’hui presque oublié : le lien de représentation démocratique repose sur le contrôle que le gouverné peut exercer sur le gouvernant ; sans ce contrôle, il n’y a pas de confiance, et sans confiance, le lien de représentation ne peut fonctionner. Or, force est de constater qu’aujourd’hui le lien de confiance entre gouvernants et gouvernés et largement rompu. Parallèlement, on constate que de nombreux citoyens à travers le monde sont en quête de plus de contrôle sur leur propre vie. L’élection de Donald Trump, le Brexit, la volonté sécessionniste en Catalogne, les récentes élections en Italie sont en partie constitués d’un vote sanction contre le système en place, mais aussi en partie de votes d’adhésion exprimant une volonté par les citoyens de regagner plus de contrôle sur leur propre espace de vie.

Décentralisation et simplification de la répartition des compétences

Redynamiser la démocratie locale et redonner les moyens aux gouvernés de contrôler leurs gouvernants à chaque stade de la représentation paraît aujourd’hui essentiel. Pour ce faire, il faut redonner davantage de compétences et de moyens partout en Europe aux échelons décentralisés et promouvoir la démocratie locale partout où elle est possible. En ce sens, les budgets participatifs des villes et communes sont une belle initiative d’inclusion démocratique. La régionalisation des compétences notamment dans le domaine économique et de l’action sociale dans de nombreux pays européens est aussi valorisante et doit s’étendre encore à d’autres domaines. Dans cette optique, l’Etat central se chargerait du régalien (défense nationale, justice, budget de l’Etat, stratégie commerciale, relations avec les instances internationales, affaires étrangères) et les territoires et régions seraient dotés des compétences nécessaires afin de mener une politique qui permet de répondre au plus grand nombre de besoins de la population locale. Ce n’est qu’en reconstruisant une échelle de représentation de confiance de bas en haut, à partir de l’échelle locale jusqu’à l’échelle nationale, voire supranationale, que la confiance du citoyen dans les institutions au sens large peut être regagnée.

Libéralisme et crise démocratique : une réconciliation qui passe par le regain de contrôle du citoyen sur son propre espace de vie

Le modèle libéral très fortement concurrentiel à l’échelle internationale se fait aujourd’hui trop souvent sans l’avis et sans prendre en compte les préoccupations et une nécessaire protection des populations locales peu importe où elles se situent.

En guise d’illustration, les traités de libre-échanges, s’ils sont nombreux et existent depuis longtemps, sont aujourd’hui, dès qu’ils sont médiatisés et portés à leur connaissance, très largement rejetés par les citoyens. En effet, ceux-ci veulent avoir une plus grande emprise sur leur condition et sur leur cadre de vie alors qu’il existe, notamment au niveau supranational, trop souvent une tendance à vouloir amoindrir le rôle des citoyens dans la prise de décision publique. C’est notamment le cas des tribunaux privés qui vont jusqu’à condamner un Etat qui ose instaurer une mesure protectionniste qui lèserait les intérêts d’une entreprise multinationale à moyen et à long terme. Mis à part le débat sur les bienfaits d’un système libéral ou davantage protectionniste, il faut se demander où réside encore la souveraineté accordée au citoyen dans cette logique.

En effet, demander sans cesse l’adhésion du citoyen à un système auquel il ne se sent pas appartenir, qu’il estime ne pas protéger suffisamment tout en l’exposant à une concurrence internationale de plus en plus importante, est un pari voué à l’échec à moyen et à long terme.

C’est tout l’enjeu pour les décennies à venir : rendre la souveraineté aux peuples en Europe et à travers le monde en accordant un pouvoir maximal à des instances décentralisées et régionales tout en repensant une collaboration internationale qui s’effectue dans le respect des diversités locales et au maximum dans l’intérêt général des citoyens. Penser une Europe de la paix à long terme implique indéniablement de prendre en compte les spécificités des populations européennes, de savoir aussi protéger les économies locales et leurs acquis sociaux et de faire une politique d’intégration forte dans les domaines où une collaboration est possible et souhaitable. Ne pas le faire mènera indéniablement à l’ébranlement de la construction européenne et la montée des nationalismes avec ce qu’ils ont de plus détestables : la stigmatisation d’autrui et avec celle-ci tout l’ADN à l’origine des plus grands drames de l’histoire européenne du XXe siècle.

 

 

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