De l’inflation des crises et de la pensée totalitaire 

A croire à ce que la grande majorité des gouvernants et médias véhiculent, nous vivons dans un monde de crises permanentes. Les épisodes d’attentats terroristes depuis le 11 septembre 2001, suivis une décennie plus tard par ceux de Paris et de Bruxelles, ont donné lieu à plusieurs états de crise ou états d’urgence. Entretemps, nous avons vécu une crise financière, puis une crise de la dette souveraine en Europe le tout encadré par la crise écologique. Et depuis un et demi, nous vivons désormais aussi une crise sanitaire.

Etats de crise et totalitarisme soft 

Une des principales conséquences des ces multiples états de crise réside dans le fait qu’ils légitiment de plus en plus des idéologies qui prétendent embrasser la totalité de la vie sociale et régir la vie des gens au nom de la vérité qu’elles détiennent. C’est ce que l’on appelle des pensées totalitaires. La raison pour laquelle nous peinons aujourd’hui à reconnaître le totalitarisme est dû au fait que nous identifions ce dernier par erreur à une seule caractéristique qu’est la terreur.

La philosophe Chantal Delsol parle à ce titre de « totalitarisme soft », qui emploie moins la répression que la dérision ou encore la disqualification habile des opposants. Cette idéologie du soi-disant « Progrès » prétend être le Bien absolu et ceux qui le questionnent ne méritent autre chose que d’être ridiculisés, voire culpabilisés. Ce totalitarisme « soft » se caractérise par un régime qui favorise une pensée orientée dans un seul et même sens et qui, à l’aide de la propagande, réussit à ce que le citoyen finit par adhérer ou à minima à abandonner de résister à l’idéologie dominante.

En guise d’exemple, si vous osez douter aujourd’hui de l’utilité du vaccin pour vous-même, c’est que vous n’avez soit pas encore été convaincu par les bons arguments, et si vous vous obstinez à ne pas vouloir vous laisser convaincre, vous êtes assimilé à la catégorie de ceux qu’on appelle « antivax », des individus qui soi-disant ont peur de la vaccination, sont manipulés par des fausses informations et manqueraient cruellement de solidarité à l’égard de leurs prochains. L’idée n’est pas ici de dire que ceux qui croient à un complot mondial n’existeraient pas. Ils sont toutefois, et heureusement, très minoritaires.

Le problème réside davantage dans le fait que le pouvoir politique et ses relais médiatiques ne laissent pas d’espace entre les prêcheurs du Bien et les complotistes, c’est-à-dire un espace pour des citoyens qui osent user de leur capacité de douter et de remettre en question. Ceux-ci sont en effet la plupart du temps très habilement assimilés aux complotistes ou aux antivax. En d’autres mots, si vous n’avez pas envie de vous faire traiter d’« antivax », mieux vaut vous vacciner.

Le règne de la pensée manichéenne : Le vaccin vous êtes soit pour ou vous êtes contre

Pourtant, il est difficile de nier que l’utilité du recours au vaccin n’est pas la même pour tout un chacun. Que certaines personnes soient réticentes à la vaccination alors qu’elles font partie de la population susceptible, de par l’âge et/ou leur état de santé, à contracter une forme plus grave du virus, représente certes un défi pour les pouvoirs publics car ces individus risquent en effet de contribuer à remplir les hôpitaux. Toutefois, ce constat n’est tout simplement pas avéré pour une large franche de la population plus jeune et en bonne santé. Et que celle-ci ne se vaccine pas ne contribue par ailleurs en rien à remettre la vie d’autres personnes en danger.

En effet, d’un côté, chacun peut se protéger lui-même en ayant recours au vaccin et de l’autre, le fait d’être vacciné vous permet d’éviter de faire des complications graves de la maladie (et est de ce fait vivement recommandé pour certaines catégories de personnes), mais n’empêche pas pour autant la possibilité de transmettre le virus. Ceux qui parlent à ce titre de manque de solidarité de la part des non-vaccinés se situent sur le terrain de la culpabilisation (du ressort de la manipulation) et non pas sur celui des valeurs altruistes.

Récente illustration de ce propos ; le premier ministre belge Alexander de Croo n’a pas hésité à tenir le 17 septembre 2021 un point-presse lors duquel il a clamé que toute personne non-vaccinée serait responsable des restrictions de liberté imposées par les pouvoirs publics à l’ensemble de la population. Les régimes fascistes du XXe siècle n’auraient pas mieux fait pour opposer les citoyens.

Conformément à la pensée totalitaire, vous devez forcément être « pour » si vous ne souhaitez pas être perçu comme étant « contre ».  La nuance n’est pas acceptable, car elle consisterait à accepter une liberté de penser qu’il faut absolument éviter afin que chacun suive les préceptes de la pensée dominante.

C’est aussi ce totalitarisme soft qui, sous influence de la pensée dominante, a comme conséquence que les citoyens aient à tel point abandonné leurs libertés de penser et d’agir, de circuler, de se rassembler et de disposer de leur corps librement.

Le retour à la vie normale – Quelle vie normale? 

La crise du Covid-19 est autant une grave crise démocratique que sanitaire. L’imposition du passeport sanitaire est une restriction des libertés fondamentales sans précédent depuis la libération. Elle instaure de fait une société de classes différentes avec des citoyens A n’ayant pas les mêmes droits que des citoyens B. Elle est d’autant plus grave qu’une grande partie de la population a recours au vaccin simplement pour retrouver l’ensemble de ses droits, plutôt que pour des raisons sanitaires. C’est par ailleurs tout l’intérêt de l’obligation de la vaccination pour continuer à participer à une vie sociale tant entravée pendant plus d’un an et demi désormais.

Comment pouvons nous tolérer un tel état de fait au regard de notre histoire récente en Europe ? En quoi une société à deux classes constitue-t-elle un retour à la vie d’avant ? Un contrôle d’identité et sanitaire pour prendre une bière dans un bar, est-ce vraiment un retour à la vie normale ? 

Un vaccin comme outil de répression

L’utilité de la vaccination pour des personnes vulnérables de par leur âge et/ou leur état de santé n’est pas à démontrer. La vaccination aide certaines catégories de personnes qui sont susceptibles de développer des formes graves de la maladie. Il ne s’agit pas de le nier ni de remettre en question le progrès scientifique. Toute personne qui souhaiterait se faire vacciner devrait pouvoir le faire. Et ceux qui sont réticentes malgré une vulnérabilité apparente devraient pouvoir être informés et incités par un médecin à recourir à la vaccination.

Vouloir toutefois imposer la vaccination à l’ensemble d’une population est simplement délirant, voire mégalomaniaque ou tout simplement totalitaire. Et quant au manque de solidarité tant évoqué par certains, il faudrait d’urgence acheminer des vaccins dans les pays en développement dans lesquels des millions de personnes n’ont pas accès aux soins et à la vaccination alors qu’elles en auraient besoin, plutôt que de contraindre chez nous l’entièreté de la population à se vacciner en restreignant leurs libertés de telle manière que les Lumières se retourneraient dans leur tombe.

André Gide disait: “Croyez ceux qui cherchent la vérité, doutez de ceux qui la trouvent.” Nous serions bien conseillés à nous en inspirer plus que jamais.

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