Accès au Logement : L’heure de vérité a sonné

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Dans son histoire récente, le Luxembourg a démontré à plusieurs reprises sa capacité de s’adapter aux défis qui se sont posés à lui afin de se doter de bases solides pour l’avenir.
Lorsque la fin du secteur de la sidérurgie approcha dès les années 1970, le Luxembourg a entrepris des efforts significatifs afin d’engager une diversification importante de son économie. Ces adaptations successives de son économie lui ont permis de poser les jalons d’un développement économique assurant une généreuse redistribution sociale. Toutefois, les succès économiques du Grand-Duché ne doivent pas aveugler quant à l’existence de nouveaux défis dont certains sont d’une importance vitale et doivent être relevés d’urgence.

Un marché locatif paralysé par les contraintes administratives, environnementales et juridiques

Le défi majeur qui s’esquisse dans le ciel luxembourgeois depuis une quinzaine d’années s’exprime dans la situation morose du marché locatif. Cet enjeu, largement sous-estimé par une grande partie des décideurs politiques, risque d’avoir des répercussions imprévisibles et négatives pour l’avenir du pays. En effet, la croissance économique repose au Luxembourg sur une augmentation constante de la masse salariale et apparaît chaque année indispensable afin de couvrir le budget de l’Etat comme celui de la sécurité sociale. Pour subvenir au train de vie de l’Etat, il est donc nécessaire, comme le Luxembourg le fait depuis de nombreuses années, de créer grosso modo 10.000 postes de travail supplémentaires par an. Il va sans dire que cette évolution a tout naturellement un impact considérable sur le paysage et les infrastructures qui nécessitent des aménagements profonds et qui ne sont mis en œuvre que très, voire trop lentement.

Concrètement, pour 10.000 postes de travail crées, seulement 3000 nouveaux logements voient le jour chaque année. Dans ce contexte, il ne faut pas être voyant pour réaliser que cette évolution ne pourra perdurer. Aussi, il est important de souligner que cette situation présente déjà de nombreux inconvénients, trop peu thématisés mais bien concrets, qui accompagnent la vie quotidienne de nombreux résidants mais aussi des frontaliers depuis plusieurs années.

L’urgence pour agir dans ce domaine ne peut pas être surestimé. Les enjeux pour le Luxembourg sont énormes, tant une trop lente adaptation à une pression démographique de plus en plus importante peut devenir préjudiciable au bon développement économique du pays. En effet, le Luxembourg s’est toujours vanté de la bonne qualité de vie existant dans le pays. Si le Grand-Duché présente en effet de nombreux avantages de cette nature, il faut cependant aussi identifier et souligner les inconvénients de la vie avant qu’ils ne deviennent préjudiciables pour un nombre croissant de personnes qui vivent et/ou travaillent au Luxembourg.

Les lignes qui suivent illustrent en quoi il est aujourd’hui de plus en plus urgent à agir rapidement et efficacement.

Un exil forcé et une aggravation des inégalités sociales et intergénérationnelles

Depuis une dizaine d’années, de plus en plus de personnes, dont les plus jeunes et les moins fortunées, se voient contraintes de quitter le Luxembourg pour s’installer en dehors des frontières où les prix du logement peuvent baisser de la moitié. Cet exil forcé est insupportable car il démontre une augmentation inhérente des inégalités sociales et intergénérationnelles, rendant l’accès à la propriété de plus en plus difficile pour les classes sociales les plus fragilisées, et a ainsi tendance à réguler le développement démographique du Luxembourg selon l’importance des revenus. En d’autres mots, les plus riches peuvent s’installer au Luxembourg et les plus pauvres sont contraints de s’installer à l’étranger.

Les pouvoirs publics ne peuvent rester immobiles face à cette situation qui risque de miner la cohésion sociale à long terme. En effet, la lutte contre l’exclusion sociale est d’une importance vitale pour assurer la pérennité de notre démocratie, au Luxembourg comme ailleurs, et l’accès à un logement décent pour le plus grand nombre doit constituer une priorité absolue pour tout gouvernement qui nécessite la mobilisation de moyens très importants, tant l’enjeu est primordial.

Le risque d’une baisse de la qualité de vie

Cette concentration très forte d’une partie des travailleurs frontaliers qui transitent chaque jour entre leur domicile situé en France, en Allemagne ou en Belgique et le Luxembourg pèse aussi considérablement sur les infrastructures routières. Concrètement, les autoroutes et les principaux axes d’entrée à Luxembourg-ville sont de plus en plus saturés. Le Luxembourg est d’ailleurs la ville en Europe qui, proportionnellement à ses habitants, concentre la plus importante circulation routière, notamment en raison du nombre croissant de voitures entrant dans le Grand-Duché le matin et qui en sortent de nouveau le soir. Dans ce contexte : Donner plus de possibilités à un plus grand nombre de travailleurs frontaliers de venir s’installer au Luxembourg permettrait aussi de réduire au moins en partie la pression sur les infrastructures routières.

Parallèlement, de nombreux jeunes actifs, principalement étrangers, qui viennent travailler à Luxembourg et occupent une place très importante dans l’économie luxembourgeoise vu leur nombre, sont contraints de s’installer dans des colocations allant le plus souvent de trois jusqu’à treize colocataires afin de louer une chambre à des prix faramineux frôlant les 800 – 900 euros. Il convient de rappeler à ce titre que pour de jeunes actifs, majoritairement entre 23 et 30 ans, voire davantage, le fait de ne pas être à même de louer un appartement dans des conditions pour le moins décentes à proximité de leur lieu de travail est extrêmement préjudiciable. En effet, cette situation compromet souvent leur possibilité et volonté de peupler les rues et les bars de la capitale en soirée, notamment pendant la semaine, ce qui est freine le développement de la vie quotidienne au centre-ville.

Redynamiser le secteur nécessite plus que des demi-mesures

Les défis que doit relever l’Etat pour redynamiser le marché locatif sont multiples. De prime abord, il faut mettre un terme aux nombreuses contraintes administratives, écologiques et judiciaires de tout genre qui paralysent la construction de logements. En guise d’illustration, dix longues années peuvent s’écouler entre l’acquisition d’un terrain jusqu’au début des travaux de construction, suite à de nombreux recours d’ordre administratif et écologique qui plombent les procédures d’aménagement et de construction.

Ensuite, le marché locatif peine à se dynamiser en raison de la pénurie de terrains constructibles. Il convient à ce titre d’augmenter la densité résidentielle du bâti et les constructions en hauteur dans les zones à fort potentiel résidentiel, ainsi que de favoriser la construction en usant l’instrument fiscal pour taxer sévèrement les terrains dits « vagues » et les résidences secondaires qui ne sont pas mises en location.

De même, il faut massivement investir dans le logement social, non pas en construisant simplement pour construire, mais en usant des nouvelles technologies urbanistiques afin d’aménager des quartiers résidentiels modernes et bien connectés, garantis à des prix raisonnables pour les ménages les plus modestes. Dans ce contexte, il faut donner les moyens personnels et financiers au Fonds du Logement, établissement public de l’Etat crée en vue de subvenir aux besoins du logement social, afin de pouvoir pleinement exercer son rôle. D’une manière générale, l’Etat doit user d’une partie de ses recettes budgétaires afin d’acquérir plus de terrains et de construire davantage de logements.

Aussi, il convient de mettre un frein à la dynamisation de la demande à travers de nombreuses aides au logement qui, sans incitation corrélative du marché de l’offre, ne font qu’accroître la pression à la hausse des prix du logement.

Un Etat social fort passe avant tout par le respect du droit à un logement décent

Pour conclure, les pouvoirs publics doivent avoir l’ambition d’offrir un cadre de vie complet au Luxembourg à une plus grande partie des travailleurs étrangers et luxembourgeois afin de maintenir un Etat social fort et de contribuer au développement et à la dynamisation de la vie au Luxembourg. Le Luxembourg doit rester attractif pour ses propres résidents, les travailleurs étrangers et luxembourgeois auquel le pays doit beaucoup ainsi qu’à l’égard des pays étrangers. En tant que petit pays qui dépend autant de l’étranger, le Grand-Duché n’a pas droit à l’erreur.

Malheureusement, les gouvernements successifs des dix, voire quinze dernières années n’ont pas été à la hauteur de ces enjeux, même s’il ne faudrait pas penser que rien n’a été fait. Cependant, une prise de conscience et un certain nombre de demi-mesures ne permettront pas de surmonter ces défis. Il faut plus que jamais mesurer l’ampleur et l’urgence du problème et surtout agir. C’est l’avenir du pays entier qui en dépend.

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