Quel avenir pour la France dans un contexte politico-économique qui ne cesse de s’aggraver ?

Les présidentielles de 2017 approchent peu à peu. Dans deux ans, les campagnes des candidats à la primaire des différents partis politiques auront bel et bien commencé. La crise perdure et le danger en vue des élections présidentielles en 2017 est imminent. Le Front national ne cesse d’accroître sa popularité alors que le PS et l’UMP sont de moins en moins crédibles aux yeux des Français. Sans vouloir reprendre divers sondages, il faut noter que le résultat du Front national aux élections européennes est non seulement un vote rejet des institutions européennes, mais surtout un vote rejet de la politique nationale qui s’explique par l’impossibilité du PS et de l’UMP, au cours des dernières années, à surmonter la crise profonde qui touche la France et qui est tant d’origine économique que politique. Ainsi, le plus la France s’enfonce dans la crise, le plus le vote Front national semble se justifier aux yeux d’une partie des Francais. Cette évolution est à contrecarrer au plus vite car 2017 approche très, voire trop vite.

Pourquoi le Front national connait-t-il un tel succès électoral ?

Il semble de prime abord évident que la popularité du Front national est dû à un rejet de « l’establishment politique » de l’UMP et du PS qui ont été aux commandes pendant les dernières années et qui n’ont pas réussi à sortir la France de la crise profonde dans laquelle elle se trouve. Cette explication est cependant trop simpliste. Une des majeures raisons qui pousse les gens à voter Front national est surtout le fait que la politique, qu’elle soit menée à gauche ou à droite, n’est pas perçue comme entrainant un changement aux yeux des citoyens. Ainsi, nombreuses sont les personnes qui estiment « qu’on vote à gauche où à droite, il n’y a de toute façon rien qui change». C’est l’amalgame dont le Front national fait lui-même la promotion en parlant d’ « UMPS ». Dans le système politique français, dans lequel cette dichotomie entre la gauche et la droite domine le jeu politique plus que dans tout autre pays européen, la nécessité d’une divergence de politique entre la gauche et la droite est absolument indispensable pour que les citoyens puissent s’identifier à un vaste courant doctrinal qu’il soit d’inspiration libérale ou socialiste. S’identifier à quelque chose présuppose de prime abord à pouvoir choisir son camp. Cependant, cette dichotomie entre la gauche et la droite s’effondre sous les contraintes budgétaires. En ce sens, le resserrement du champ politique entre la gauche et la droite a une raison précise, celle de la perte de la France de sa souveraineté budgétaire.

Le fardeau de la dette paralysant tout le système politico-économique

La crise profonde dans laquelle la France se trouve est dû à un accroissement de déficits publics depuis le début des années 1970 et qui a généré une dette publique de plus de 93% du PIB selon les chiffres de l’Insee. Ces chiffres sont effrayants car les intérêts sur les dettes engagées par le passé coutent extrêmement chers à la France. Ainsi par exemple, les intérêts de la dette publique coûtent chaque année autour de 50 milliards d’euros (sur un budget total de 350 milliards d’euros), ce qui constitue le premier poste de dépenses publiques et dépasse le budget de la défense nationale ou encore de l’éducation. Les taux d’intérêts relativement bas en ce moment ne changent pas la donne. Ils sont plus une nécessité absolue qu’une solution au problème. Ce taux important de dette et de déficit public fait que la France a du mal à se plier aux critères de convergence tels qu’exigés par Bruxelles. C’est notamment le déficit public de la France, se tablant à 4,3% en 2013 (Insee) qui inquiète en tant qu’elle semble incapable à faire descendre ce dernier sous la barre des 3%.

En tout cas, la nécessité de se plier aux critères de convergence engendre que le champ d’action de la politique à droite comme à gauche se resserre. C’est en ce sens le Front national, avec un programme électoral dérisoire, utilisant de boucs-émissaires les immigrants et rejetant en vrac les acquis européens notamment la monnaie unique, qui sort vainqueur de ce grand malaise. Il va sans dire que la sortie de l’euro, telle que prônée par le Front national, serait une catastrophe pour la France tant sur un plan institutionnel qu’économique. Entre autre, et pour ne nommer que deux exemples sur le plan économique, une telle sortie dévaluerait le franc de manière considérable face à l’euro, ce qui ferait augmenter encore davantage la dette de la France et l’approvisionnement en pétrole, se vendant en dollars, entrainerait une hausse des prix hallucinante.

Retrouver sa souveraineté budgétaire en réformant l’industrie francaise

L’explosion de la dette publique se pose d’une manière aussi grave et imminente en raison de l’absence de croissance. En 2012 et 2013, la croissance a été quasiment non existante et la reprise en 2014 ne sera que très faible. La France est en pleine désindustrialisation, comme en témoigne le départ d’un nombre croissant d’entreprises étranglées par le coût et l’inflexibilité du travail en France, ce qui a comme conséquence non pas seulement une perte importante de compétitivité au niveau mondial, dont toute l’Europe est atteinte, mais surtout aussi une importante perte de compétitivité au sein du marché unique européen qui heurte de plein fouet la France et fait exploser le taux de chômage se chiffrant au-delà des 10%. Selon une étude réalisée par le Coe Rexecode, sur la période de 2000 à 2010, la part de la valeur ajoutée de l’industrie dans le PIB au sein de la zone euro a ­reculé d’en moyenne 3,7 points de PIB alors que la France, par comparaison, a lâché 5,2 points représentant plus de 100 milliards d’euros de perte en compétitivité. L’étude révèle que la France est le pays dans la zone euro dont l’industrie a le poids le moins élevé dans le PIB (9,3% en 2010 contre 18.7% en Allemagne en même temps)

En effet, suivant le rapport Gallois sur la compétitivité, le problème de l’industrie française est qu’elle est axée sur le milieu de gamme surtout en matière « de qualité et d’innovation ». En revanche, l’industrie allemande a un avantage comparatif pour les produits haut de gamme permettant aux entreprises allemandes d’accroître leurs marges en tant qu’elles sont moins exposées en matière de compétitivité-prix. De leur côté, les pays d’Asie ont un avantage de compétitivité-prix concernant les produits bas de gamme alors que les entreprises francaises, ayant du mal à concurrencer la compétitivité hors-prix, se voient contraint de réduire leur marges ou de délocaliser leurs activités concurrencées en matière de compétitivité-prix. En ce sens, il s’agit donc d’optimiser l’articulation concernant la recherche, l’innovation et l’éducation avec les entreprises pour que celles-ci puissent gagner en terrain pour la vente de produits en matière de compétitivité hors prix ainsi que de gagner en compétitivité pour les produits concurréncés en compétitivité-prix, quid à ne pas pouvoir concurrencer à charges égales le marché asiatique. En ce sens, le « made in France » tel que promu par le ministre de l’économie Arnaud Montebourg, ne sera réellement effectif que s’il sera accompagné par un allègement de charges pour les entreprises ainsi qu’une flexibilisation du droit du travail qui permettront aux entreprises de diversifier leurs activités et de créer de l’emploi tant nécessité.

Il convient de préciser que la compétitivité-prix telle qu’elle se présente en Asie ne doit pas être un modèle pour l’Europe, en tant que nos acquis sociaux ont tout simplement un certain prix. Il s’agit plutôt pour nous, tout en réduisant notre écart de compétitivité en rentabilisant notre production, d’inciter les pays émergents de se doter de garanties en faveur de leurs travailleurs pour promouvoir la justice sociale et mettre fin à des conditions de travail très souvent insatisfaisantes.

L’austérité ne doit pas être le commandement suprême

Un autre chantier d’envergure dans lequel les réformes sont indispensables constitue la simplification administrative. En ce sens, une réforme territoriale d’envergure devra être envisagée qui puisse favoriser les coopérations à tous niveaux administratifs, que ce soit à un niveau inter-communal, départemental ou régional. La réforme de la carte des régions suit la bonne piste, sous condition qu’elle arrivera à baisser les coûts d’un enchevêtrement administratif qui est hautement complexe et tant caractérise que plombe la France. Aussi, il est important de veiller à accorder un certain pouvoir d’achat aux ménages pendant les périodes de crise pour ainsi tenter de relancer l’économie par la demande, même s’il faut demander l’accord de délais supplémentaires à Bruxelles pour réduire le déficit public de manière importante. De ce fait, il ne faut pas étrangler les classes moyennes d’impôts car elles ont besoin d’investir et de créer de la demande qui puisse nécessiter une certaine offre.

Dans ce contexte de réformes, il est important pour la politique gouvernementale d’être cohérente et audacieuse, ce qui n’a pas été le cas pendant les deux premières années du quinquennat de François Hollande, dont le programme électoral s’est largement heurté à la réalité économique et qui n’a pas pu tenir ses plus importantes promesses. Le pacte de responsabilité, sensé alléger les charges pour les entreprises d’environ 10 milliards d’euros, annoncé par le président de la République au début de l’année est intervenu beaucoup trop tard et de manière contradictoire avec ses annonces faites au début du quinquennat et reste flou sur les contreparties à générer par les entreprises, notamment au sujet des embauches et du dialogue social. La cohérence et l’annonce d’objectifs réalistes et de promesses adaptées qui puissent être tenues sont cependant indispensables pour recrédibiliser la politique du gouvernement.

L’opposition doit se reconstruire et constituer une alternative politique crédible

Recrédibiliser la politique doit être l’objectif aussi pour l’opposition, dont en premier lieu l’UMP. Cependant, l’UMP a tout à refaire. Le départ de Jean-Francois Copé, ex-président du parti, qui s’était livrée à une guerre interne tant spectaculaire que ridicule avec Francois Fillon pour la présidence du parti fin 2012, n’est qu’un premier pas. Le trio qui préside le parti à l’instant, Raffarin-Fillon-Juppé me semble inadapté pour tenter de remporter les présidentielles en 2017. Il en va de même en ce qui concerne un retour éventuel de Nicolas Sarkozy, qui après la mise en cause très sérieuse dans l’affaire de traffic d’influence auprès d’un magistrat de la Cour de cassation, aura du mal à crédibiliser la droite. L’UMP devra dans tous les cas arriver à désigner un candidat qui ne soit pas associé aux scandales politiques, qui rassemble les différents courants au sein de cette famille politique avec une vision claire pour la France ; c’est-à-dire quelqu’un qui prend des risques et assume ses choix tout en ne faisant pas de promesses foncièrement irréalistes, car c’est ce qui au final détruit la crédibilité de la politique.

Il reste donc à constater que les défis pour remédier à la situation très délicate dans laquelle la France se trouve sont aussi nombreux qu’urgents pour éviter une prise de pouvoir de l’extrême droite à laquelle il ne faut pas laisser la possibilité de détruire les valeurs de la République, qui ont marqué l’histoire en Europe et au-delà de l’Atlantique pendant des siècles, ainsi que les acquis de l’intégration européenne.

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