Quand les institutions européennes tuent la démocratie, elles tuent l’Europe!

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Les institutions européennes, dont notamment la Commission, la BCE et l’Eurogroupe dirigent l’Europe dans le mur. Il faut être profondément choqué face à l’arrogance et face au sentiment de supériorité qui guide ces dernières à l’égard à la crise et du peuple grec. C’est le parachèvement d’une technocratie complètement déconnectée des citoyens qui trouve sa cause dans un manque de démocratie flagrant de certaines institutions, notamment de la Commission, mais aussi à travers le FMI et la BCE qui ont un poids considérable dans les discussions au sujet de la Grèce alors qu’elles ne portent qu’un poids négligeable de la dette grecque (32 milliards pour le FMI et 20 milliards pour la BCE) par rapport aux pays membres de la zone euro (193 milliards d’euros).

L’annonce du référendum grec, prévu pour le 5 juillet, a fait l’effet d’une bombe, notamment auprès de la Commission et de l’Eurogroupe et a résulté dans la rupture des négociations avec la Grèce. Les leaders européens ne veulent pas d’un référendum sur le fait de savoir si la Grèce veut oui ou non se soumettre à l’ultimatum des créanciers et par extension rester ou non dans la zone euro, en considérant cela comme un acte de trahison au regard des négociations qui ont été menées. Cependant, selon quelle loi ou quel principe la Grèce n’aurait-elle pas le droit, si non le devoir, de soumettre cette décision capitale à son peuple qui puisse décider souverainement de l’avenir de son pays?

En réalité, ces menaces d’ultimatum et les pressions diverses que subit la Grèce n’ont pas leur place dans le jeu démocratique, sauf que les institutions et principaux acteurs politiques des pays européens sont tellement éloignés du peuple qu’ils ne s’en rendent plus vraiment compte. Quand (entre autres) le Président français Sarkozy et la chancelière allemande Merkel avaient dissuadé l’ancien Premier Ministre grec Papandréou de soumettre à référendum la question de l’évolution ou non de la Grèce dans la zone euro en novembre 2011, ce dernier avait été amené d’annuler in extremis le référendum en raison des fortes pressions subies. C’était une grosse erreur des décideurs européens à l’époque, sachant que le pays a depuis lors été vide de son sang et que les institutions européennes ont perdu toute crédibilité auprès du peuple grec, et leur attitude aujourd’hui montre qu’ils ne sont pas prêts à apprendre de leurs erreurs alors que les populismes montent dans tous les pays européens et menacent plus que jamais le projet européen basé sur l’intégration paisible et la solidarité.

Il faut saluer l’attitude courageuse du premier Ministre grec Alexis Tsipras qui fait preuve d’une audace considérable en défendant les intérêts du peuple grec en dépit de toutes les pressions subies. Il est regrettable que non pas tous les partis socialistes en Europe, notamment ceux aux responsabilités dans leur pays respectif, se démontrent solidaires avec la Grèce alors que le gouvernement se bat bec et ongles pour défendre un modèle social, qui, même s’il est très imparfait en Grèce, est de plus en plus menacé en Europe. En France, Manuel Valls rassure les français en leur disant que la sortie de la Grèce de la zone euro n’a pas d’impact réel sur l’économie française. ( Interview Europe 1 du 28 juin )

C’est un beau message de solidarité de la part de la seconde économie de la zone euro et d’un gouvernement socialiste qui devrait en théorie être capable de contrebalancer la position intransigeante de l’Allemagne face à la dette grecque mais qui semble complètement impuissant ou tout simplement dans l’absence de volonté d’aider réellement le peuple grec. Ce comportement va d’ailleurs de pair avec l’exclusion du Ministre des Finances grec, Yanis Varoufakis, à la réunion de l’Eurogroupe samedi 27 juin, dont aucun autre Ministre ayant participé à cette dernière ne s’est opposé.

La Grèce est au bout du gouffre et cette responsabilité est largement imputable à la Troika. Ce que nécessite la Grèce, et nombreux sont les économistes qui défendent cette thèse, dont notamment dans une tribune récente le brillant économiste américain Joseph Stieglitz, c’est un programme réel d’investissement qui puisse faire redémarrer l’économie grecque et non pas des « plans d’assistance » qui servent à renflouer les banques afin de rembourser les créanciers publics et privés. Il n’est pas soutenable d’imposer à la Grèce une telle cure d’austérité et de lui demander des réformes institutionnelles et structurelles, certes nécessaires, mais sans réelle contrepartie pour son économie, dans un pays où le chômage des jeunes atteint les 60% et dans un contexte dans lequel l’Europe entière est en train de laisser détruire la vie de millions de personnes n’ayant plus d’emploi et même plus les moyens de se faire soigner.

On est face ici à une autre catastrophe humanitaire qui s’ajoute à celle qui touche les migrants dans la Méditerranée et si l’Europe ne veut pas perdre toute sa légitimité, si elle veut garder une dimension sociale qui l’a toujours caractérisée dans le monde entier et qui fait sa fierté, il faut que les pays européens mettent en œuvre des moyens considérables pour mettre fin à ce désastre qui touche la Grèce depuis trop d’années.

Le rôle que joue l’Allemagne, sans vouloir pointer du doigt, car c’est une responsabilité collective que porte l’Europe entière, est toutefois particulièrement ambigu. Le gouvernement allemand et notamment la chancelière Merkel et le Ministre des Finances Schäuble maintiennent avec une force et rigidité excessive la nécessité pour la Grèce de se réformer à travers une cure d’austérité à l’appui de l’expérience que l’Allemagne avait faite à la fin des années 1990 pour ramener ses déficits en dessous des 3% et pour stabiliser sa dette. Cependant, la position de l’Allemagne n’est pas comparable avec celle de la Grèce. L’Allemagne à l’époque a pu profiter de forts excédants commerciaux en raison de ses exportations élevées, exportations qui ont été boostées en raison d’importants programmes de dépenses publiques en œuvre dans d’autres pays européens tels notamment en Espagne. La réussite de l’Allemagne a été celle de l’Europe, son principal client pour ses exportations, et la réussite de l’Europe ne se fera pas sans celle de la Grèce.

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Il convient maintenant aux créanciers et aux institutions européennes de parvenir à un accord avec la Grèce en restructurant et en différant dans le temps le remboursement de la dette, en garantissant des taux d’intérêts bas et en couplant les nécessaires réformes notamment en matière fiscale (impôts, retraites) à un plan d’investissement audacieux qui puisse permettre à ce pays de se relever et de retrouver une stabilité économique que l’austérité, au cours des 5 dernières années, ne lui a pas donné.

Si Jean Claude Juncker appelle le peuple grec à voter « oui » au référendum, alors c’est à la Commission européenne de négocier avec ses partenaires afin de rapprocher leurs positions avec celles de la Grèce, en tant que le manque de réalité dans les propositions ne se situe non pas du côté grec, mais du côté des créanciers, sauf à considérer qu’une dette publique de 179% du PIB soit soutenable alors que selon les prévisions actuelles, une telle dette ne pourrait être remboursée qu’en 2054 et qu’à condition d’excédants budgétaires primaires très importants (qui devront se situer à environ 3,5 % du PIB d’ici 2018) et ceci sans plan d’investissement audacieux. A vous de juger.

Prévoir si la Grèce est mieux dans ou en dehors de la zone euro est difficile pour l’instant, même si une sortie peut avoir des conséquences très graves à la fois pour la Grèce mais aussi pour la zone euro. Mais si les propositions actuelles des créanciers sont maintenues, la Grèce n’est pas forcément plus perdante en sortant de la zone euro qu’en y restant, notamment en raison du fait qu’un tel scénario lui permettrait de se défaire d’une dette insoutenable et de pouvoir adapter sa politique monétaire, sous condition qu’elle puisse rester dans l’Union européenne et profiter de liquidités de la part de la BCE à l’avenir afin de stabiliser le secteur financier. Cependant, encore davantage que pour la Grèce, ce serait un échec fondamental pour l’Europe et notamment pour l’Union monétaire incapable de gérer les crises en raison d’une dimension politique inexistante. Une sortie de la Grèce de la zone euro est un échec de plus pour l’Europe qui est incapable de se doter des moyens, pourtant existants, afin d’adapter ses choix en matière de politique économique de manière à aider des pays en crise, mais peut constituer tout de même une victoire pour la démocratie et la démonstration que les citoyens peuvent prendre leur destin en main en ayant à leur tête un premier ministre qui représente réellement leurs intérêts.

En attendant la suite des négociations, il ne reste qu’à démontrer une solidarité à l’égard du peuple grec, qui doit pouvoir se prononcer dimanche prochain en toute souveraineté.

Vive la Grèce et vive la démocratie en Europe!

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